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Histoires de légionnaires (6/9)

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| 26 Janvier 2019 | 170 vues

« PATERNOLLE, vous avez désobéi, vous serez puni ! »

5è Partie

Le gérant de la Maison entraîne le journaliste au réfectoire : un repas ordinaire, paraît-il, mais de belle tenue : potage, beefsteak et frites, tomates provençales, fromage, cerises et fraises, un demi-litre de vin et café !

On lui présente un ancien, glorieux parmi les glorieux : il est belge, PATERNOLLE. Les cheveux sont blancs, mais les yeux pétillent ! Vingt-cinq batailles à son actif… des Croix de guerre, des Etoiles, des médailles… quelle barrette de décorations !

PATERNOLLE n’est pas bavard, c’est un homme modeste : « ce que j’ai fait là-bas, tous mes camarades légionnaires l’ont fait. Les prouesses, les actes de bravoure, ce sont des choses communes à ceux de la Légion. On me présente comme un héros, mais s’il y a un héros, c’est le légionnaire tout court ! » Et PATERNOLLE de s’excuser, les yeux embués de larmes… « Voyez-vous, je suis encore là-bas, et là-bas, la consigne, c’était de se taire ! » Très ému, il conclut : « Vive la Belgique, vive la France, vive la Légion ! »… et il tourne les talons…

C’est par les camarades qu’on en apprend un peu plus sur la vie de PATERNOLLE : après la Grande Guerre dans l’armée belge, il entre à la Légion en 1919. Le voilà au Maroc où il participe à de nombreux combats contre les dissidents de l’Atlas. En avril 1920, il fait partie d’une colonne de légionnaires, envoyée au sud de MEKNES. Il s’agissait d’attirer les rebelles et de leur donner une bonne leçon ! Mais l’ennemi est plus nombreux que prévu…surpris de l’état-major. Mais le légionnaire a l’habitude de se battre à un contre six ! La valeur du soldat devait supplanter le nombre !

Mais l’ennemi est gonflé à bloc et se bat avec courage et mépris du danger ! PATERNOLLE et ses camarades ont reçu la mission d’interdire aux rebelles d’entrer dans le village de TAKA ICHIAN. Mais animés d’une ardeur guerrière peu commune, ils se lancèrent à l’assaut. Ils furent reçus à coups de baïonnettes, de coups de couteaux et de crosses de fusils… Des morts et des blessés des deux cotés… Mais les légionnaires tinrent sur leurs positions, et l’ennemi fit demi-tour. Cependant, deux camarades se lancèrent à la poursuite des rebelles et furent blessés, gisant entre les fronts. « Allons-nous les laisser crever ? » lance une voix… Mais le chef de section interdit toute sortie : L’ennemi est encore tout proche, camouflé…

Mais PATERNOLLE et un camarade sortirent de leur abri : « Je vous donne l’ordre de rentrer ! » cria l’officier. Les balles sifflaient de tous cotés. Mais PATERNOLLE et son camarade couraient, couraient, vers les blessés. Tous les légionnaires étaient aux créneaux et tiraient pour couvrir la tentative héroïque de leurs deux copains. L’officier criait : « Nom de Dieu, mais ils sont fous ! ». Sous le feu intense des rebelles, PATERNOLLE parvient à ramener les trois blessés, car son camarade, lui aussi, était tombé !

La victoire fut complète. Devant l’État-major réuni, le Capitaine déclara : « PATERNOLLE, vous avez désobéi, vous serez puni ! ». Et ouvrant les deux bras, le Capitaine lui dit : « PATERNOLLE, venez m’embrasser, vous êtes un brave ! ».

C’est là une des histoires, qu’un héros comme PATERNOLLE ne raconte jamais !



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